Les cicatrices des plaies pensées?
Coloquio Les cicatrices des plaies pensées? Realizado entre el 19 y el 20 marzo del 2001 en la Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales.
Portier, Corine.- Des cicatrices féminines. Excision et gavage dans la société maure de Mauritanie
Dans la société maure de Mauritanie, qui est une société arabo-berbère, les femmes connaissent deux types d’inscription de leur féminité sur le corps. Le premier processus est l’excision ayant lieu quelques jours après la naissance de la fillette qui consiste à couper une partie du capuchon du clitoris. Le second processus est le gavage qui consiste à donner à boire des calebasses entières de lait aux fillettes de six ans afin qu’elles grossissent rapidement. Ces deux pratiques bien qu’inversées – puisque dans le premier cas il s’agit d’ôter et, dans le second, d’ajouter – sont dans leur finalité identiques. En réalité, il faudrait parler de finalités au pluriel car les raisons de ces pratiques, bien que non avouées, sont plurielles. Comme nous le montrerons, la femme excisée et gavée porte sur son corps les traces de son statut de femme. Ces formes de cicatrices sont des " pense-bêtes " de sa féminité rappelant toujours à la femme les valeurs qui sont siennes. D’autre part, ces pratiques participent de la " distinction " en tant qu’elles distinguent les femmes nobles excisées et gavées des femmes esclaves qui ne le sont pas.
Miské-Atondi, Ibéa.- Les scarifications. Une écriture du désir ?
Si la dimension singulière de la cicatrice ouvre l’horizon de la transcendance comme souvenir de la rencontre avec l’univers du sacré, elle renvoie aussi à une mutation qui dans son lien à la sexualité introduit un rapport à l’altérité avec la mixtion des genres. L’ouverture qu’opère la blessure des scarifications, du point de vue esthétique, loin de séparer le masculin et le féminin comme dans certains rites de circoncision et d’excision, vise à produire un être complexe. Un être dont la responsabilité au sens moral réside dans son incomplétude et dans sa bivalence sexuelle, par cette manière dont il s’offre au regard de l’autre à travers ses ouvertures que sont les scarifications, véritables éloges des figures marginales du désir : apologie de la fête, manifestation de la cruauté, valorisation de l’excès, de la perte et de la dépense au travers de la parure, métamorphoses de la souffrance en allégorie de la reproduction et de l’existence.
Deparios, Stéphanie .- La ville, une surface trouée
L’effectivité de la cicatrice n’est pas nécessairement liée au corps, elle peut lui être extérieure et agir avec force, voire perversion. La ville est aussi le lieu de cicatrices physiques et ressenties. Le vocabulaire architectural contemporain manipule ces notions organicistes : on parle aujourd’hui de greffes urbaines, de coutures de tissus urbains…
Il s’agit ici d’étudier ces formes d’interactions et de correspondances entre l’homme et son environnement et le pouvoir que l’un et l’autre s’accordent, notamment au travers de l’intervention de l’architecture dans la mémoire des villes. Pour se faire, je propose d’exposer une série d’exemples de lieux dits meurtris qui permettraient de rendre évidente l’influence exercée par le cadre de vie sur la sensibilité de l’individu ou du groupe. Puis de convoquer un cas extrême qui est celui de la ville de Sarajevo, qui traverse une période de recomposition de ses liens sociaux après quatre tragiques années de guerre.
Adohane, Taoufik.- Les cicatrices dans l’âme des migrants
L’émergence de la souffrance psychique chez les migrants fragilisés par la rupture, pose l’inévitable recours au corps comme support ultime d’expression. Ce support sert de surface cristallisant les traces (peu visibles) du parcours de Vie et du Voyage. Les symptômes psychiques apparaissent sous un visage " organique " et légitiment la recherche — en vain — de traces concrètes. Face à ce " néant " dans le corps, le tracé médical renvoie la souffrance du sujet dans le lieu " psychique ". Mais ce lieu qu’est l’âme, n’est autre que le corps. Désormais, les symptômes invisibles deviennent des cicatrices audibles.
Beaufils, Jean-Baptiste.- Le laçage de l’imaginaire
La psychanalyse de Freud considère le symptôme comme une plaie psychique non cicatrisée. Elle considère également que le récit est considéré comme un parasite qui a sa propre vie dans un organisme vivant cellulaire, son hôte. Cette plaie exprime les rapports difficiles qu’entretiennent langage et organisme. C’est l’imaginaire qui régule les relations de ces deux systèmes par des phénomènes de plaisir et de déplaisir. Des exemples de ma pratique de psychanalyste témoignent que la blessure, qui est la symptôme, est repérable soit dans l’imaginaire, soit dans l’organisme, soit dans le langage lui-même. Mais il faut pour cela que des représentations habituellement inconscientes et refoulées soient démasquées. Il m’a fallu un certain temps pour accepter de croire ce que j’entendais… se voyait et constituait une connaissance. En particulier, une pensée constituée de représentations spatiales particulières, faite corps imbriqués, montre que notre forme humaine n’est pas en concordance avec notre forme imaginaire. C’est foncièrement à partir de ces figures données à lire que la psychanalyse peut opérer et redonne à la fonction de l’imaginaire son véritable rôle.
Moreno, Daniel.- En corps parlé
Descriptif du travail du thérapeute : il s’agit de résoudre la " demande du jour " en l’envisageant comme signe émergent d’un véritable édifice englouti dans l’histoire du patient. Le corps invente ainsi des solutions pour continuer à échanger avec le monde dans un confort général acceptable, jusqu’à l’échec d’adaptation qui motive la consultation.
L’enchevêtrement des situations constitutives de cette histoire du patient sera traité dans l’ordre qui plaît au corps, il ne sera donc ni chronologique, ni hiérarchique. La mémoire s’actualise en effet par une succession de résolutions mises en scène par les appuis modulés du thérapeute, au cours d’un dialogue de " tissus à tissus ", qui s’accompagne parfois du souvenir anecdotique.
La demande du patient est reçue comme extra-ordinaire. Rompant le temps mesuré elle met le monde " à genoux ". Le patient n’est jamais dénudé lors de la séance, il reste l’acteur principal d’une réconciliation émouvante (et émotive) avec son corps.
Villey, Colette.- La prostitution déshumanise les corps.
La dualité du visible et de l’invisible caracté rise la prostitution. Les trois partenaires : personne prostituée, proxénète, client, vivent une démarche d’extériorité et d’intériorité. Il sont dehors et dedans. En dehors et en deans. Ici et ailleurs. En accord et en opposition.
La prostitution annule les corps, mais les met en scène. Comme en un théâtre, où devant le rideau se joue la comédie de la liberté, de l’amour et de la vie. Et, dans les coulisses, le drame du désespoir, de l’enfermement. De la destruction.
Liwerwnt, Sara.- Empreintes de l’enfermement du corps
L'incarcération d'un Sujet voit un corps affecté par l'enfermement laissant des traces tant en prison qu'une fois au dehors. La problématique de la cicatrice requiert d'envisager ce qu'elle peut révéler, comment elle peut se dévoiler, et se transmettre à travers les générations. La mise en relation de témoignages de détenus, de prisonniers libérés, de leurs familles permet réinterroge les liens établis entre la mémoire et le corps.
Beufils, Thomas.- Coup de couteau dans la toile


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